"KL" ne peut que me deviner... Elle est agenouillée, les bras dirigés vers le radiateur. Elle semble comme
se tenir à distance de celui-ci. Sa tête est droite, presque fière mais ses yeux sont recouverts d'un bandeau. Je ne vois que son dos nu et ses fesses galbées. Elle est attachée au tuyau
jouxtant le radiateur. Les enceintes Cabasse de la chaîne stéréo diffusent quelques notes de style classique mal interprétées. Cela gâche le spectacle qui s'offre à moi et je décide d'appuyer le
bouton stop de la télécommande. Nous voilà dans le silence... j'ai pu constater un léger frémissement de "KL" à l'arrêt de la musique, comme si le nouvel
environnement sonore, plus pesant et moins décoratif la rendait plus vulnérable.
De mon fauteuil Mies van der Rohe je savoure le tableau exposé, m'arrêtant sur chaque ligne de son dos, appréciant particulièrement la chute de reins proposée. Il n'y a rien que je ne connaisse,
ma découverte de son corps remontant à plusieurs années. Je songe à prendre quelques photos mais l'objectif à ma disposition ce soir n'est pas adapté et je décide que ce tableau vivant
restera privilège unique. Je pense à "KL" privée de l'appréciation visuelle de sa prestation, juste capable de ressentir celle-ci. Je considère quelques
instants que c'est injuste pour elle mais me ravise à l'idée que la position qui lui est imposée ce soir n'est que le fruit de sa propre maladresse. C'est une soirée où l'absence, la
privation de certains sens ne pouvait qu'amener à une fusion ultérieure plus intense.
"Moins est plus" a dit Mies...
Edward